Les cyberviolences

Les cyberviolences possèdent au moins trois caractéris – tiques qui s’y jouent de façon singulière  : l’anonymat facilité, le fort pouvoir de dissémination et la possibilité de contrôle moindre (Blaya, 2015). Les cyberviolences bénéficient d’abord d’un anonymat facilité, dans la mesure où les outils numériques offrent aux individus agresseurs les moyens d’agir sous couvert d’une fausse identité (adoption d’un pseudonyme, usurpation d’iden – tité) ou encore de l’anonymat (création de comptes fantômes). Les résultats de cet anonymat rejaillissent potentiellement de manière majeure sur les individus agresseurs et sur les victimes. Pour l’agresseur, l’anony – mat est susceptible d’engendrer une désinhibition liée à un sentiment perçu d’impunité et au fait de ne pas percevoir directement les effets négatifs de ses actes sur les victimes. Pour les victimes elles-mêmes, l’anonymat accroit le sentiment d’insécurité et d’isolement, sans doute aussi d’auto-culpabilité (« J’ai sûrement fait quelque chose pour mériter cette agression »). En raison du fort pouvoir de dissémination conféré par les outils numériques, les épisodes de cyberviolence sont susceptibles de connaître un large rayonnement, c’est-à-dire de rejoindre aisément une très large quantité de personnes issues de réseaux différents. Ce caractère potentiellement pérenne des violences n’accorde aucune pé- riode de répit à la victime, dans la mesure où elles sont théoriquement susceptibles de se poursuivre 24 heures par jour, et sans fin (mémoire numérique) c’est-à-dire qui peut ressurgir à tout moment. Dans ce contexte, il peut suffire d’un seul message mal intentionné ou mal reçu, ou d’une seule photographie diffusée sans consentement, pour aboutir à un harcèlement répétitif, excessif (Benbenishty et Nir, 2015) parfois inattendu. Finalement, les cyberviolences sont difficiles à contrôler ou à faire cesser, dans la mesure où, puisqu’elles deviennent désincarnées, elles échappent au contrôle tant des adultes qui voudraient intervenir que d’un-e agresseur-e qui souhaiterait mettre un terme à l’épisode, ou encore de la victime qui subit cette diffusion sans fin.

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