Quand il faut penser

L’école de Platon (ne considérant pas Aristote comme appartenant entièrement à cette école) fut continuée par Speusippe, Polemo, Xénocrate, Cratès et Crantor. Par un mouvement rétrograde, très différent de celui d’Aristote, il se mêlait aux idées pythagoriciennes, que Platon connaissait et qu’il appréciait souvent, mais non aveuglément, et auxquelles il ne se bornait jamais.  Théophraste, naturaliste, botaniste et moraliste fut l’élève le plus brillant d’Aristote. Son grand titre de gloire auprès de la postérité, qui ne connaît que lui, est le petit volume des Personnages, qui a servi de modèle à La Bruyère, et avant lui aux poètes comiques de l’antiquité, et qui est plein d’esprit et de saveur et, pour employer un mot moderne exactement applicable à cette antique œuvre, «humour».  Citons seulement les très célèbres écoles qui, faute de textes, nous sont inconnues, celle de Megara, qu’on appelait l’école éri- giste ou «wrangling», si marquée était sa prédilection pour polémique; et celle d’Elis, qui semble avoir été bien versé dans les méthodes sophistiques de Zénon d’Elée et de Gorgias. L’école cynique est beaucoup plus importante, parce qu’une école, qui n’était rien moins que le stoïcisme lui-même, émanait ou semblait en émaner. Comme il arrive souvent, les vagues commencements du stoïcisme ressemblaient beaucoup à sa fin. Les stoïciens des derniers siècles de l’antiquité étaient une sorte de moines mendiants, mal vêtus, mal nourris, d’apparence négligée, méprisant tous les conforts de la vie; les cyniques à l’époque d’Alexandre étaient à peu près les mêmes, professant que le bonheur est la possession de toutes les bonnes choses, et que la seule façon de posséder toutes choses est de savoir se passer d’elles. C’est Antisthenes qui a fondé cette école, ou plutôt cet ordre. Il avait été l’élève de Socrate, et il ne fait aucun doute que sa seule idée était d’imiter Socrate par l’exagération. Socrate avait été pauvre, avait méprisé la richesse, plaisanté et méprisé la science. Le culte de la pauvreté, le mépris des plaisirs, des honneurs, des richesses, et la conviction parfaite que toute connaissance est parfaitement inutile à l’homme, voilà tout l’enseignement d’Antisthène. Cela peut conduire loin, au moins dans les esprits systématiques. Si tout est méprisable, sauf la vertu individuelle, c’est le retour à l’existence sauvage et solitaire qui est prêchée: il n’y a plus de civilisation, ni de société, ni de patriotisme. Antisthenes dans ces idées a été surpassé par ses disciples et successeurs; ils étaient cosmopolites et anarchistes. Le plus illustre de cette école, illustre surtout par son excentricité, était Diogène, qui roulait sur les remparts de Corinthe la baignoire qui lui servait de maison, allumait sa lanterne en plein jour sous prétexte de chercher un homme, appelé lui-même un citoyen du monde, a été accusé d’être banni de Sinope par ses compatriotes et a répondu, « C’est moi qui les a condamnés à rester, » et a dit à Alexander, qui lui a demandé ce qu’il pourrait faire pour lui: hors de mon rayon de soleil, tu me mets à l’ombre.

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